CORSET SOCIAL

hybridation /installation

De peau à peau
Cuir contre peau

 

La peau nous contient tout entier de par son rôle d’enveloppe organe (le sens du toucher), nous définissant aussi bien en tant qu’entité biologique autonome qu’en tant qu’identité perçue du dehors. Elle est à la fois notre contenant et notre dernière frontière avec le monde extérieur qu’elle délimite. Le paradoxe de cette surface qui nous offre ses contours se situe par conséquent entre le regard que les autres lui portent et ce qu’elle montre de soi, parfois malgré soi. La peau vit sa propre existence, mouvance de l’organique et de la perception par de multiples interactions, mais elle peut aussi s’afficher par une forme de réintégration corporelle, une réappropriation en quelque sorte, que celle-ci soit volontaire (tatouage, piercing etc.) ou subie (marquage du bétail, identité ethnique etc.).

Dans l’Histoire de l’Art, elle occupe toujours une place originale :
Des autoportraits de Michel Ange réalisés pour la chapelle Sixtine tout comme St Barthélemy tenant sa propre peau, les écorchés de Rembrandt, la Peau de chagrin de Balzac en passant notamment par les Self-hybridations d’Orlan, les Peaux de feuille et Empreintes de corps de Giuseppe Penone jusqu’aux écorces interactives de Scenocosme. Ce foisonnement artistique autour de la frontière entre la chair et le monde, confirme cette idée de Paul Valéry :
« Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est sa peau. »

 

JML @ADAGP

From skin to skin
Leather against skin

 

The skin contains us entirely as an envelope organ (the sense of touch), defining us as autonomous biological beings as well as identities perceived from outside. It is at the same time our container and our last frontier with the outer world that it delimits. The paradox of this outlining surface is therefore located between the glance that others give to it and what it shows of oneself, sometimes in spite of oneself. The skin lives its own existence as a movement of the organic and of the perception by multiple interactions. Yet it can also unveil oneself through a set of body reintegrations, or reappropriations of some kind, whether it would be voluntary (tattooing, piercing, etc.) or sustained (livestock branding, ethnic identity, etc.).

In the History of Art, the skin still holds a unique position:
Michelangelo’s self-portraits made for the Sistine Chapel as well as St Barthélemy holding his own skin, Slaughtered Ox by Rembrandt, The Skin of Sorrow by Balzac including in particular Self-Hybridization by Orlan, Skin of Leaves and Body imprints by Giuseppe Penone, without forgetting the interactive barks by Scenocosme. This artistic proliferation around the border between the flesh and the world confirms the idea of Paul Valéry: « The deepest thing in man is the skin. »

 

JML @ADAGP

 

Corset social
ou le marquage du corps

 

Le Corset social évoque les influences extérieures qui estampillent les peaux aussi bien que les esprits, dans un monde où les «marques» commerciales n’ont jamais été aussi présentes. Qu’est-ce que le marquage si ce n’est une tentative de signature, et par conséquent d’appropriation ? La réalisation de ce projet repose sur le traitement numérique de photographies de peaux nues avec de motifs de cuirs de Cordoue qui sont détournés en graphismes, non sans évoquer le tatouage virtuel.

C’est la juxtaposition des « marquages » qui procure au corps une identité sociale. Dans cette démarche artistique, la confluence des représentations révèle au regard une peau habituellement cachée : le Corset social. Que la peau soit embossée, tatouée, agrafée ou balafrée, le rôle qu’elle tient ici est bien celui du masque ou du vêtement. La neutralité de la nudité et l’illusion de l’intime n’existent plus.

La surface des corps porte, à l’instar des tenues vestimentaires, une complexité historique et sociale, tandis que le code barre devient le paradigme universel et se fait l’écho de la mondialisation. Même la figure allégorique des valeurs humanistes, l’Homme de Vitruve, est détournée, et symbolise alors le marquage d’une certification, d’un standard, d’une norme dans la marchandisation de l’humain. La superposition des violences subies lors de la formation du Corset social, crée une nouvelle esthétique qui raconte l’individu malgré les épreuves du formatage de masse.

 

 

 

 

JML @ADAGP

Social corset

or Body Marking

 

The Social Corset project is to evoke the external influences that stamp the skins and the spirits in a world in which commercial « brands » have never been more present. Then, what is « marking » if not an attempt to label, and therefore to appropriate? The production of this project relies on the digital processing of naked skin photos and integration of Córdoba leather patterns into them; diverted into a new graphic level, it evokes virtual tattooing.

It is the juxtaposition of « markings » that gives a certain social identity to the body. Through that artistic approach, the confluence of representations reveals a usually hidden skin: the Social Corset. Whether the skin is embossed, tattooed, stapled or scarred, its role here is that of the mask or the garment. The neutral nudity and the illusion of intimacy do no longer exist.

In the exact same way as the outfits, the bodies surface carries a historical and social complexity, while the barcode becomes the universal paradigm and brings the echoes of globalization. Even the allegorical figure of humanism values, the Vitruvian Man, is diverted, and thus symbolizes a mark of a certification, a standard, a model in the commodification of human. The superposition of violence, endured while forming the Social Corset, creates a new aesthetic that speaks about individuality despite people-formatting events.

 

Barbara Marshall, écrivain-e

Grigoriï Manucharyan, traducteur

 

Série. CORSET SOCIAL  

ou le marquage du corps.

  • 20 oeuvres photographiques
  • Pièces uniques (Dim. variable) + épreuve d’artiste  (Dim. 30X30 CM). Tirage pigmentaire,
  • Installation (Dim. variable),
  • marquages virtuels.

 

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