Karavelles et Rives de Sel (KÂ) is an immersive installation exploring the tension between circulation and immobility within global extractive economies. Composed of shoe molds transformed into fragile vessel-like forms, surrounded by accumulations of salt, the work evokes suspended trade routes and ghostly logistics. Salt functions both as resource and residue, an archival material recording histories of exchange, labor, and extraction. Through video projections of abstract flows, the installation reveals how bodies and materials are reduced to data within global systems. By immobilizing symbols of transport, KÂ exposes a silent geography of disruption, where movement persists as trace rather than action, inviting reflection on disconnection in a hyper-networked world.
KARAVELLES ET RIVES DE SEL
KÂ s’inscrit dans un espace liminal, à la frontière de l’inerte et le mouvant, de la mémoire et du présent . L’installation déploie une flotte immobile de moules à chaussures surmontés de mâts fragiles, silhouettes hybrides entre l’outil industriel et l’embarcation archaïque. Autour, le sel s’accumule en reliefs instables, matière première richesse extractive, et archive minérale des échanges.
Ici, rien ne circule réellement ; tout semble suspendu dans un entre-deux : celui des trajectoires interrompues, des routes commerciales fantomatiques, des marchandises en transit sans destination visible. La projection vidéo prolonge cet état de dérive, évoquant des flux logistiques, des bateaux dont les sillages abstraits transforment les corps et les matières en données, en unités, en charges.
L’œuvre opère une tension entre transport et immobilité, entre circulation globale et ancrage brutal dans l’extraction. Le sel, à la fois ressource et résidu, agit comme une surface critique où se déposent les strates d’une économie mondialisée fondée sur l’acheminement et l’exploitation.
Dans cette scène quasi rituelle, les formes industrielles deviennent des reliques : coques vides, matrices sans production, témoins d’un système transactionnel qui dissout les origines. Le spectateur est alors placé face à une archéologie du présent, où les logiques des flux révèlent leurs masques — une géographie silencieuse faite de déplacements, de frictions et d’effacements.
KARAVELLES ET RIVES DE SEL ne donne pas à voir le mouvement, mais ce qui persiste après son passage. En immobilisant les outils de la circulation, l’installation met à nu la mécanique froide d’un système où le vivant, la matière et le travail sont réduits à l’état de simples unités de transit.
Face à cette flotte échouée, le sel n’est plus seulement la trace d’une extraction ; il devient le sédiment d’une histoire en suspens, celle d’un monde qui, à force de tout acheminer, finit par ne plus rien relier. L’œuvre nous confronte alors à cette inquiétante évidence formulée par le géographe Michel Lussault : « Le monde s’organise en réseaux, mais il se vit en lieux. »
TECHNIQUE
Installation in situ de moules à chaussures surmonté d’un mat de voilier et navire et environnement de tas de sel. Dimension variable. 2019-21.