Le projet SAL NACI à base de chlorure de sodium soulève la problématique scientifique de la cohabitation et de l’interaction entre matériaux biologiques actifs et matériaux minéraux inertes, en explorant les processus dynamiques d’oxydation, de cristallisation et de régénération. Il questionne la frontière entre matériau vivant et non-vivant en créant un écosystème hybride où la bioluminescence, phénomène biochimique, devient le témoin et le produit de réactions électrochimiques et physico-chimiques continues, remettant en cause la notion de pérennité et de stabilité de l’œuvre.
Le sel est l’un des matériaux les plus anciens utilisés par l’humanité.
Avant d’être un condiment, il fut une technologie fondamentale de survie, un moteur économique, un symbole rituel et une matière de transformation biologique.
Le projet SAL NACI explore cette substance à la fois simple et universelle — le chlorure de sodium — comme interface entre les mondes du vivant et du minéral, entre mémoire géologique, cultures humaines et expérimentations artistiques.
À travers installations, performances et protocoles expérimentaux, le projet transforme le sel en outil de recherche transdisciplinaire, où se rencontrent :
biologie et physico-chimie
anthropologie et histoire
création artistique et innovation écologique
Le sel devient alors un médium de relation, capable de révéler les circulations invisibles entre corps, territoires et systèmes culturels.
Peu de substances ont autant façonné l’histoire humaine que le sel.
Pendant des millénaires, il fut :
une ressource stratégique
une monnaie
un instrument politique
un vecteur d’échanges culturels
Dans l’Antiquité, les routes commerciales du sel reliaient l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Les caravanes traversaient le Sahara pour transporter des blocs de sel depuis les mines de Taghaza ou Taoudenni vers les empires du Mali et du Ghana. Dans l’Empire romain, le sel était si précieux que la rémunération des soldats incluait une allocation appelée salarium, à l’origine du mot salaire. En Chine impériale, le monopole du sel fut l’une des premières politiques fiscales structurées.Dans l’Europe médiévale, les villes riches — Venise, Gênes, Salzbourg — doivent leur puissance aux routes du sel.
Ainsi, « le sel a construit des territoires, des économies et des paysages culturels. »
« Le sel est la mémoire de l’océan. »
Pablo Neruda
La France possède une histoire particulièrement forte liée au sel.
Les salines ont façonné des régions entières :
Salins-les-Bains et Arc-et-Senans (Franche-Comté)
Guérande et la côte atlantique
Camargue et les marais salants méditerranéens
Mais le sel est aussi devenu un instrument politique majeur avec la gabelle, l’impôt sur le sel instauré au Moyen Âge et maintenu jusqu’à la Révolution française.
Cette taxe extrêmement impopulaire créa :
contrebande
réseaux clandestins
révoltes paysannes
Le sel devient alors symbole d’injustice sociale et de contrôle territorial.
Dans les Caraïbes, le sel joue un rôle fondamental dans l’économie maritime.
Les salines naturelles des Antilles — notamment dans les Bahamas, à Saint-Martin ou à Bonaire — alimentaient les flottes coloniales.
Le sel servait à conserver :
poissons
viandes
cargaisons pour les traversées océaniques
Dans les sociétés esclavagistes, le sel participe indirectement au système de plantation :
conservation des aliments pour les travailleurs
commerce inter-îles
approvisionnement des navires.
Mais le sel possède aussi une dimension culturelle profonde dans les sociétés créoles :
bains purificateurs
rituels de protection
médecine traditionnelle.
Ainsi, le sel est à la fois ressource économique, outil de survie et archive culturelle.
Comme le souligne votre projet :
le sel conserve ce que l’histoire voudrait effacer.
« La mer est faite de sel comme les larmes des hommes. »
Marguerite Yourcenar

Dans de nombreuses cultures, le sel dépasse largement son usage alimentaire.
On le retrouve dans :
rites de protection
sel dans les bains rituels
purification avant mariage ou voyage
Dans certaines traditions africaines et méditerranéennes, manger le même sel crée un pacte moral.
Le sel devient alors matière symbolique de la relation humaine.

D’un point de vue scientifique, le chlorure de sodium est une substance fascinante.
Il agit comme :
Dans votre installation SAL NACI, ces propriétés deviennent visibles à travers :
oxydation
cristallisation
régénération biologique
bioluminescence.
Le projet interroge ainsi une question fondamentale :
où se situe la frontière entre matière vivante et matière non vivante ?


La performance transforme le sel en interface entre corps et paysage.
Le dispositif décrit dans votre projet repose sur plusieurs gestes simples mais puissants :
marcher dans le sel
déposer du sel au sol
utiliser le sel dans des gestes de soin
enregistrer les traces laissées par les corps.

Dans ce protocole, le public n’est plus spectateur mais co-producteur de l’œuvre.
Le paysage devient laboratoire.
Le corps devient capteur.
Le sel devient écriture collective du territoire.

Le projet peut évoluer vers un hub de recherche artistique et scientifique.
Un espace hybride entre :
atelier
laboratoire
archive vivante.

Les participants peuvent y explorer les cycles du sel :
1 extraction
2 transformation
3 cristallisation
4 interaction biologique
5 régénération.





Ce laboratoire permettrait d’expérimenter :
bio-matériaux
fermentation
cristallisation artistique
cultures microbiennes
installations bioluminescentes.


Le projet peut se déployer dans différents territoires :
Chaque territoire produit une variation du projet, car le sel dépend :
du climat
du sol
de l’eau
des cultures locales.
L’œuvre devient alors cartographie vivante du sel dans le monde.
« Agir, c’est entrer en relation. »
Édouard Glissant

Le laboratoire SAL NACI pourrait développer plusieurs axes :

Le projet propose une collaboration avec :
exploration artistique des processus biologiques.

Une dimension essentielle du projet serait la création d’une base de connaissances sur le sel :
archives photographiques
témoignages
documentation scientifique
cartographie des territoires salins.
Cette archive relierait :
science
mémoire
création artistique.

Le projet se développe sur trois niveaux.
production artistique
expériences publiques
programme de recherche

Le projet SAL NACI vise à créer un laboratoire artistique et scientifique autour du vivant.
Institutions, fondations, entreprises, universités et acteurs de la recherche sont invités à participer au développement de cette plateforme expérimentale.
Ensemble, nous pouvons explorer comment une matière aussi simple que le sel peut révéler :
l’histoire des territoires
les mémoires culturelles
les transformations biologiques du vivant.
« Le remède à tout est l’eau salée : la sueur, les larmes ou la mer. »
Isak Dinesen