2021. SKIN FLAG

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SKIN · BODY · BELONGING · MEMORY · BORDER · LIVING

SKIN FLAG*


*Drapeau de peau

 

SKIN FLAG transforms the flag into skin and the body into a territory of memory and belonging. Made from recycled animal leather, its perforated banners shift between emblem, membrane, and living trace. From histories of bodily appropriation to contemporary questions of identity and borders, the project turns the flag from a symbol of separation into a porous threshold—imagining belonging through relation rather than exclusion.

 

 

SKIN FLAG — Détail. Objet-sculpture. Cuir animal recyclé, lacéré et découpé, monté sur une hampe d’apparat de la République française réemployée. Dimensions : 100 × 80 × 8 cm. 2019. © José Man Lius.

 

 

Et si notre peau devenait un drapeau ?


Un drapeau représente un territoire.
Il rassemble une histoire, une mémoire, des appartenances.
Il distingue aussi un dedans d’un dehors.

La peau est notre premier territoire.

Surface sensible entre soi et le monde, elle protège autant qu’elle expose. Elle porte les traces du temps, de l’origine, du travail, de la violence, du désir et de la transformation.

Avec SKIN FLAG, ces deux surfaces — le drapeau et la peau — se rencontrent.

Des fragments de cuir animal recyclé, lacérés, découpés et ajourés prennent la forme de bannières organiques. La peau devient emblème ; l’emblème devient membrane.

Ce déplacement fait apparaître une question qui traverse l’ensemble de la recherche :

À qui appartient la peau ?

À celui qui l’habite ?
À celui qui la nomme ?
À celui qui la marque, la classe, la transforme ou l’exploite ?

Et que devient un drapeau lorsqu’il ne représente plus une nation, mais la fragilité même du vivant ?

 

 

PROCESSION — DRAPEAU DE LA PEAU.  Dunkerque. Photomontage numérique réalisé à partir d’une archive photographique familiale de 1981, réactivée en 2023. Une parade de jeunes majorettes, issue de la culture populaire et de ses rituels collectifs, devient le lieu d’une mémoire déplacée. L’archive intime conserve la trace d’une époque, de ses sociabilités et de ses formes ordinaires d’appartenance. Quarante ans plus tard, l’intervention numérique en trouble la lecture : aux emblèmes attendus se substituent des drapeaux organiques, proches de fragments de peau. Le signe collectif glisse alors du territoire vers le corps. Entre souvenir familial et mémoire sociale, l’image interroge ce que l’archive transmet, ce que le temps transforme et ce qu’une communauté choisit de faire emblème. Format : 35 × 35 cm. 1981–2023. © José Man Lius.

 

 

LE DRAPEAU COMME PEAU


Brandir un drapeau n’est jamais un geste neutre.

Le drapeau concentre des récits de fondation, des victoires et des défaites, des mémoires collectives, des frontières et des formes d’autorité. Il peut rassembler autant qu’il peut séparer.

Dans SKIN FLAG, sa surface pleine est remplacée par une peau lacérée.

Le geste produit un déplacement : le symbole abstrait rencontre une matière qui fut vivante.

Le cuir n’est plus seulement matériau. Il devient trace.

Ses découpes produisent des vides, des blessures, des réseaux et des passages. Certaines formes évoquent une cartographie ; d’autres une cage thoracique, une mue, un tissu cellulaire ou les restes d’une architecture.

Le drapeau cesse alors d’être une image stable.

Il devient corps, fragment, membrane, vestige.

 

« Je transforme des fragments de cuir lacéré en drapeaux organiques. Entre animalité et humanité, ces surfaces déplacent les notions de marquage, d’appartenance et de dépossession. »

 

 

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FANTÔMES FAMILIAUX — DRAPEAUX DE PEAU.  Étude photographique, figure fictionnelle. À la frontière du portrait d’apparat, de l’archive familiale et de l’image historique, un porte-drapeau prend place dans une mémoire qui pourrait avoir existé. Le drapeau de peau substitue à l’emblème national une surface organique, fragile et indéterminée. Qui porte l’Histoire ? Quels corps deviennent emblèmes ? Quels autres demeurent hors champ ?  Photographie, épreuve d’artiste. Tirage numérique, 24 × 24 cm. 2025. © José Man Lius.

 

 

DE L’ARCHIVE INTIME À LA MÉMOIRE COLLECTIVE


 

 

L’histoire de SKIN FLAG commence avec un archive documentaire intime.

Photographies familiales, souvenirs, figures anonymes, cérémonies populaires et images recomposées constituent une mémoire vernaculaire : une histoire qui n’est pas nécessairement conservée par les institutions, mais qui subsiste dans les albums, les gestes, les vêtements et les récits transmis.

Une photographie familiale documente d’abord une existence privée. Avec le temps, elle devient également le témoignage involontaire d’une époque.

Qui défile ?
Sous quels signes ?
Quels corps apparaissent dans l’image ?
Lesquels disparaissent de l’Histoire ?

La série Fantômes familiaux prolonge ce déplacement.

L’archive laisse progressivement place à une archive des non-dits : des images qui semblent provenir d’une histoire passée alors qu’elles construisent des présences fictives.

Rendre vraisemblable ce qui aurait pu appartenir à notre mémoire.

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SKIN FLAG — OBJET · CORPS · GESTE . COLLECTIF. Étude d’action performative dans l’espace public. Des drapeaux de peau sont portés collectivement au sein d’une marche, transformant l’emblème en geste, en présence et en relation. Passant de main en main et de corps en corps, le drapeau ne désigne plus une identité nationale ou un territoire à défendre : il devient le signe mouvant d’une appartenance commune, traversée par la diversité des individus. La performance interroge ainsi ce que signifie appartenir sans posséder — un territoire, un corps, l’autre — et imagine l’espace public comme lieu possible d’une souveraineté partagée. Maquette et simulation numérique d’un avant-projet performatif, 2026. © José Man Lius.

 

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CORPS · PROPRIÉTÉ · APPARTENANCE


 

 

L’une des généalogies critiques de SKIN FLAG traverse l’histoire de l’appropriation des corps.

L’esclavage en constitue une forme historique radicale : transformer une personne en propriété, en force de travail, en marchandise ou en ressource.

Ses formes ont considérablement varié selon les époques et les sociétés sans pour autant être confondues ou ramenées à une histoire unique.

La traite transatlantique et les systèmes esclavagistes coloniaux occupent cependant une place singulière par l’ampleur de la déportation forcée, la marchandisation des êtres humains et la construction progressive d’un système héréditaire fondé sur la racialisation. L’UNESCO considère cette histoire et ses archives comme essentielles à la compréhension de la mémoire collective et de ses héritages contemporains.

Cette histoire donne à la peau une charge particulière.

Le corps peut être identifié, marqué, classé, déplacé, vendu.

La peau devient alors l’une des surfaces sur lesquelles le pouvoir prétend inscrire une identité.

Que se passe-t-il lorsqu’un corps cesse d’être considéré comme un sujet pour devenir une surface d’assignation ou une ressource disponible ?

 

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SKIN FLAG — BRUN. Étude d’installation. Maquette et simulation numérique d’un avant-projet. Drapeau en cuir animal recyclé, lacéré et découpé. Ni couleur nationale ni signe univoque, le brun renvoie ici à la peau, à la terre et à la matérialité du vivant. Le drapeau quitte le registre de l’identité territoriale pour devenir une surface d’appartenance organique : une peau commune plutôt qu’une frontière. 2026. © José Man Lius.

 

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DE LA PROPRIÉTÉ À LA LIBERTÉ


 

 

L’abolition juridique constitue une rupture fondamentale.

En France, le décret du 27 avril 1848 abolit définitivement l’esclavage dans les colonies françaises ; près de 250 000 femmes, hommes et enfants accèdent alors à la liberté et à la citoyenneté. (BnF – Site institutionnel)

Mais l’abolition ouvre également une question qui traverse SKIN FLAG :

Que signifie appartenir sans être possédé ?

Le drapeau désigne traditionnellement une appartenance collective : nation, territoire, communauté.

La peau désigne au contraire quelque chose d’irréductiblement singulier.

En les superposant, SKIN FLAG installe une tension entre deux formes d’identité :

celle que nous recevons
et
celle que nous construisons.

Entre héritage et devenir.

Entre territoire et corps.

Entre appartenance collective et liberté individuelle.

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5 × SKIN FLAGS — Vue d’installation. Installation issue de la série Skin Flags, initiée en 2019. Cinq objets-sculptures en cuir animal recyclé, lacéré et découpé, montés sur des hampes d’apparat de la République française réemployées. Suspendues dans l’espace, les peaux ajourées projettent leurs ombres sur l’architecture : entre peau, membrane et emblème, le drapeau devient une forme instable d’appartenance, interrogeant notre relation au corps, à la condition animale et au vivant. Vue de l’exposition Identités hybrides, Centre culturel 100ecs, Paris. Dimensions de l’installation : 110 × 70 × 15 cm. 2021. © José Man Lius.

 

Vue de l’exposition Identités hybrides, Centre culturel 100ecs, Paris. Cinq drapeaux en cuir animal recyclé, lacéré et découpé, 110 × 70 × 15 cm chacun. 2021. © José Man Lius.

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LA MATIÈRE : UNE ÉTHIQUE DU RÉEMPLOI


 

 

Le cuir utilisé dans les développements récents de SKIN FLAG provient de matières existantes et de rebuts de l’industrie textile, notamment sourcés auprès de La Réserve des arts.

Ce choix n’est pas seulement technique.

Il participe au sens de l’œuvre.

Aucune peau n’est produite spécifiquement pour devenir sculpture. Une matière déjà transformée et destinée au rebut est réintroduite dans un nouveau cycle.

Mais son origine n’est pas effacée.

Le cuir demeure une matière animale.

Il fut peau avant de devenir produit, puis déchet, puis œuvre.

La matière conserve ainsi la mémoire du vivant dont elle provient.

Cette ambiguïté est volontaire.

Elle met en relation la condition animale, les systèmes de production, la consommation des matières et notre responsabilité envers ce qui a été vivant.

Le réemploi ne prétend pas résoudre cette contradiction.

Il la rend visible.

 

 

 

14 SKIN FLAGS — École, Paris 17ᵉ. Étude d’installation. Maquette et simulation numérique d’un avant-projet non réalisé. Quatorze drapeaux en cuir animal recyclé, lacéré et découpé, sont alignés et suspendus à des hampes reprenant les codes de l’apparat républicain. Issue exclusivement de rebuts de l’industrie textile et sourcée auprès de La Réserve des arts, la matière est ici réemployée plutôt que produite. La peau, soustraite au rebut, conserve la trace du vivant dont elle provient. Devenue drapeau, elle déplace l’emblème collectif vers une interrogation sur la condition animale, nos modes de production et notre responsabilité envers le vivant. Dimensions : 80 × 80 × 160 cm par élément. 2026. © José Man Lius.

 

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UNE ANTHOLOGIE DE DRAPEAUX IMPOSSIBLES


 

 

Au fil de la recherche, SKIN FLAG cesse progressivement de désigner un objet unique.

Les drapeaux deviennent un vocabulaire.

Chaque transformation de la matière produit une autre hypothèse d’appartenance.

 

 

SKIN FLAG — BRUN. Étude d’installation. Maquette et simulation numérique d’un avant-projet. Drapeau en cuir animal recyclé, lacéré et découpé. Ni couleur nationale ni signe univoque, le brun renvoie ici à la peau, à la terre et à la matérialité du vivant. Le drapeau quitte le registre de l’identité territoriale pour devenir une surface d’appartenance organique : une peau commune plutôt qu’une frontière. 2026. © José Man Lius.

 

Le brun n’est ni couleur nationale ni signe univoque.

Il renvoie simultanément à la peau, à la terre et à la matérialité organique.

Le drapeau quitte l’identité territoriale pour devenir surface d’appartenance au vivant.

Une peau commune plutôt qu’une frontière.

 

 

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SKIN FLAG — DRAPEAU BLANC. Objet-sculpture en cuir animal recyclé, lacéré et ajouré, monté sur une hampe d’apparat de la République française réemployée. Associé à la paix, à la trêve et à la suspension du conflit, le blanc devient ici celui d’une peau paradoxale : une matière animale rendue presque immatérielle par le vide. Lacéré mais ouvert, le drapeau ne protège ni ne délimite ; il laisse circuler l’air, la lumière et le regard. L’emblème territorial se transforme ainsi en membrane vulnérable, faisant du seuil et de la porosité les conditions possibles d’une relation à l’autre. Vue de l’exposition Contre Nature, Atelier Alfred Boucher, Fondation La Ruche-Seydoux, Paris. Dimensions : 140 × 100 × 80 cm. 2021. © José Man Lius.

 

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Le blanc convoque la paix, la trêve, mais aussi la vulnérabilité.

Lacérée et presque immatérielle, la peau laisse circuler l’air, la lumière et le regard.

Le drapeau n’est plus mur.

Il devient membrane.

 

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X2 SKIN FLAGS. Maquette et simulation numérique d’un avant-projet. Deux objets-sculptures en cuir animal recyclé, lacéré, découpé et ajouré, montés sur des hampes d’apparat de la République française réemployées. Ici, le blanc n’est plus seulement celui de la paix ou de la trêve : associé au lambeau, à la dépouille et à la ruine, il évoque ce qui subsiste après l’effacement. Lacérée jusqu’à perdre presque sa surface, la peau devient vestige d’un emblème : une présence fragile, suspendue entre disparition et survivance. Le drapeau ne représente plus un territoire ; il en devient la trace, comme l’épave d’une appartenance passée. Dimensions : 240 × 120 × 80 cm. 2026. © José Man Lius.

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Associés au lambeau, à la dépouille et à la ruine, le drapeau évoque ce qui subsiste après l’effacement.

Lacérée jusqu’à perdre presque toute sa surface, la peau devient le vestige d’un emblème.

Le drapeau devient la trace.

 

 

 

SKIN FLAG — MUE. Étude d’objet-sculpture. Structure en cuir animal recyclé, lacéré et ajouré. Sans hampe ni territoire à représenter, la peau devient enveloppe : elle évoque simultanément le corset, la cage thoracique, la dépouille et la mue. Suspendue entre corps absent et forme en devenir, elle conserve moins une identité qu’une trace de présence. Maquette et simulation numérique. Dimensions variables. 2026. © José Man Lius.

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Sans hampe ni territoire à représenter, la peau se replie sur elle-même.

Elle évoque simultanément le corset, la cage thoracique, la dépouille et la mue.

Suspendue entre corps absent et forme en devenir, elle ne conserve plus une identité mais la trace d’une présence.

 

 

SKIN FLAG — TERRITOIRE SANS FRONTIÈRE. Maquette et simulation numérique d’un avant-projet. Un drapeau de peau ajouré s’élève dans le paysage comme l’emblème d’un territoire impossible à circonscrire. Sa surface ne sépare plus : elle laisse passer le ciel, la lumière et l’ailleurs. Réduit à une trame, le drapeau devient la cartographie fragile d’une appartenance fondée sur les relations plutôt que sur les frontières. Cuir animal recyclé, découpé et ajouré. 2026. © José Man Lius.

 

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Un drapeau ajouré s’élève dans le paysage.

La lumière traverse sa matière.

L’ailleurs devient visible depuis l’intérieur même de l’emblème.

Le drapeau devient trame, réseau, cartographie ouverte.

 

 

X2 SKIN FLAGS — TRAMES. Maquette et simulation numérique d’un avant-projet. Deux drapeaux en cuir animal recyclé, découpé et ajouré, montés sur des hampes d’apparat de la République française réemployées. Transformé en grille, le drapeau ne fait plus écran : il devient structure ouverte, laissant circuler le regard à travers ses vides. Les variations de peau et de matière substituent à l’uniformité de l’emblème une trame faite de différences et de relations. 2026. © José Man Lius.

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Deux peaux. Deux tonalités. Une même structure.

Les différences de matière coexistent au sein d’une structure commune.

Le territoire comme trame de relations dont les intervalles comptent autant que la matière.

 

9 SKIN FLAGS. RAUMPLAN — NEUE GALERIE, Autriche. Étude d’implantation. Maquette et simulation numérique d’un projet non réalisé de drapeaux en cuir, contextualisé dans l’espace de la galerie. L’étude explore la relation entre peau, emblème et architecture, ainsi que la manière dont la répétition des drapeaux reconfigure symboliquement l’espace d’exposition. 2019. © José Man Lius.

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Le drapeau devient un espace dans lequel on entre.

Les peaux suspendues composent des passages, des intervalles et des zones de transparence.

Elles dessinent des seuils plutôt que des frontières.

Le vide devient ce qui permet de la traverser.

 

 

 

X15 SKIN FLAGS XXL — Étude d’installation immersive. Maquette et simulation numérique d’une installation monumentale en contexte muséal. Quinze drapeaux de peau en cuir animal recyclé, lacéré et ajouré, forment un paysage suspendu que le visiteur traverse. À mesure que les corps circulent entre les membranes, les ombres et les vides, l’emblème perd sa frontalité et devient architecture souple/flexible. Chaque peau dessine un seuil provisoire : ni frontière ni territoire fixe, mais un espace de coexistence entre corps, matière et vivant. La lumière dédouble l’installation au sol et fait de l’ombre une seconde peau, mouvante et immatérielle. Dimensions variables. 2026. © José Man Lius.

 

 

À l’échelle monumentale, le drapeau devient architecture.

Quinze peaux suspendues composent un paysage de membranes, de vides et de transparences.

Les formes se superposent sans clore l’espace.

Le visiteur entre dans son épaisseur.

Il peut circuler entre les peaux, changer de point de vue, voir certaines formes en masquer d’autres avant qu’elles ne réapparaissent.

La lumière poursuit une forêt d’ombres et de peaux.

 

 

 

X15 SKIN FLAGS XXL — Étude d’installation immersive Maquette et simulation numérique d’une installation monumentale en contexte muséal. Quinze drapeaux de peau en cuir animal recyclé, lacéré et ajouré, composent un paysage suspendu de membranes, de vides et de transparences. Libéré de sa frontalité et de sa fonction d’emblème, le drapeau devient une architecture souple et poreuse, dessinant des seuils plutôt que des frontières. Les formes se superposent sans clore l’espace et construisent un territoire traversable où chaque peau entre en relation avec les autres. La lumière prolonge cette forêt suspendue au sol : les ombres deviennent des doubles immatériels et font apparaître un second paysage, mouvant et instable.  Dimensions variables. 2026. © José Man Lius.

 

 

DE LA PEAU À L’ÉCRAN

SCREEN SKIN prolonge cette recherche vers l’image et les technologies contemporaines.

Nos identités ne sont plus seulement inscrites sur nos corps.

Elles sont également traduites en images, profils, données, empreintes et informations biométriques.

Le corps produit désormais continuellement son double informationnel.

Cette évolution ouvre un nouveau territoire pour SKIN FLAG.

La question « qui possède le corps ? » devient : Qui possède les traces produites par le corps ?

Visage, voix, empreinte, déplacement, comportement : ce qui relevait de l’intime peut devenir information exploitable.

Dans quelles conditions un être humain devient-il identifiable, classable, administrable ou exploitable comme ressource ?

 

 

SKIN FLAGS / WEAPONS. Étude d’installation. Fragments de cuir animal issus de rebuts de l’industrie textile, réemployés, lacérés et ajourés, suspendus à des hampes dont les extrémités évoquent la forme de la lance. Entre emblème et arme symbolique, peau vulnérable et affirmation territoriale, l’installation interroge la proximité historique entre représentation, appartenance et pouvoir. 2026. © José Man Lius.

 

 

LA CONTRAINTE INVISIBLE

L’histoire de l’esclavage rappelle ce que signifie la négation radicale de la liberté : appropriation juridique d’une personne, violence, déplacement forcé, exploitation et rupture des appartenances.

Les formes contemporaines qualifiées d’« esclavage moderne » par l’Organisation internationale du Travail recouvrent notamment le travail forcé et le mariage forcé. Les dernières estimations mondiales publiées par l’OIT, l’OIM et Walk Free portent sur 2021 : elles évaluent à environ 50 millions le nombre de personnes concernées, dont 28 millions en travail forcé et 22 millions en mariage forcé. (International Labour Organization)

Ces réalités ne sont pas identiques aux formes d’esclavages antiques ou coloniaux.

Le vocabulaire doit préserver ces différences.

Mais leur existence rappelle que la liberté ne dépend pas seulement de l’absence visible de chaînes.

Elle dépend aussi de la possibilité effective de disposer de son corps, de son travail et de son existence.

C’est ici que SKIN FLAG retrouve sa question initiale :

Que signifie être souverain de sa propre peau ?

 

 

 

Vue de l’exposition Identités hybrides, Centre culturel 100ecs, Paris. Drapeaux en cuir animal recyclé, lacéré et découpé, 110 × 70 × 15 cm chacun. 2021. © José Man Lius.

 

 

UN EMBLÈME POUR DES MONDES À VENIR

La peau ajourée accueille le paysage, la lumière et le mouvement. Elle devient tour à tour membrane, mue, trame, seuil et architecture. À travers ces métamorphoses, le drapeau quitte sa seule dimension symbolique pour entrer dans l’expérience sensible du corps et du vivant.

Ses ouvertures dessinent un territoire poreux, traversé par ce qui l’entoure. Les identités s’y pensent comme des formes vivantes : singulières, mobiles, capables de relation et de transformation.

Une peau commune apparaît alors comme la métaphore d’une condition partagée. Des corps différents habitent un même monde, portent des mémoires distinctes et composent pourtant des espaces d’interdépendance.

Le drapeau devient ainsi la possibilité d’un autre emblème : un signe ouvert, traversable, capable d’accueillir la pluralité plutôt que de la réduire.

À l’horizon de SKIN FLAG, le territoire devient relation, la frontière devient seuil, l’appartenance devient coexistence.

« Qu’est-ce qui nous relie ? »

Et je pense que cette dernière triade est très proche du véritable cœur littéraire du projet :

Le territoire devient relation.
La frontière devient seuil.
L’appartenance devient coexistence.

 

 

Flag → Skin
Skin → Memory
Memory → Body
Body → Territory

 

Bibliographie :


  • Orlando Patterson, Slavery and Social Death, 1982.
  • Eric Williams, Capitalism and Slavery, 1944.
  • Moses I. Finley, Ancient Slavery and Modern Ideology, 1980.
  • Claude Meillassoux, Anthropologie de l’esclavage, 1986.
  • Hannah Arendt, The Origins of Totalitarianism, 1951.
  • Kevin Bales, Disposable People, 1999.
  • Achille Mbembe, Critique de la raison nègre, 2013.
  • Joseph C. Miller, The Problem of Slavery as History, 2012.
  • Paul Lovejoy, Transformations in Slavery, 3e éd.
  • Seymour Drescher, Abolition.
  • Frédéric Régent, Esclavage, métissage, liberté.
  • Catherine Coquery-Vidrovitch, travaux sur les traites africaines et leurs reconfigurations.